C’est dans les toilettes que se font les plus belles rencontres.
Aussi, en me lavant les mains aux toilettes l’autre jour, j’ai eu le plaisir de papoter avec une femme que je n’avais encore jamais rencontré mais qui m’a envoyée ce fabuleux article du Wall Street Journal avec pour titre “Why French Parents Are Superior” (“En quoi les parents français sont supérieurs”).
Une traduction plutôt réussie sur le blog de La Dame d’Avalon, si vous le voulez.
Je ne peux vous décortiquer cet article sans me référer aux réponses suivantes:
“Are French Parents Better or Do They Just Spank More?” (“Les parents français sont ils mieux ou donnent-ils juste plus de fessées?”) chez AHA Parenting,
“Are the French Really Better Parents?” (“Les français sont-ils vraiment de meilleurs parents?”).
Une autre réponse pourait se trouver dans l’article “Les bienfaits de l’éducation à la baguette” de Le Monde, que je ne décortique pas ici.
Commençons déjà par ce premier article qui nous décrit l’évidence avec laquelle l’écrivain américain accepte la soi-disante supériorité des parents français. Vous noterez, dans le titre, l’absence de point d’interrogation et l’absence de comparaison. C’est un fait établi; les parents français sont supérieur et, même si on ne sait pas à qui ils sont supérieurs, on sait en quoi il le sont.
“Why was it, for example, that in the hundreds of hours I’d clocked at French playgrounds, I’d never seen a child (except my own) throw a temper tantrum? Why didn’t my French friends ever need to rush off the phone because their kids were demanding something? Why hadn’t their living rooms been taken over by teepees and toy kitchens, the way ours had?”
“Pourquoi, par exemple, pendant les centaines d’heures que j’ai passé sur les aires de jeux, je n’avais jamais vu un seul enfant (sauf le mien), se rouler par terre en hurlant? Pourquoi mes amis français ne quittaient-ils pas en urgence une conversation téléphonique pour répondre à une question de leurs enfants? Pourquoi leur salons n’étaient-ils pas envahis par tipis et cuisines miniatures, comme chez nous?”
L’article est truffé d’exemples comme ceux-ci, expliquant au pauvre parent américain qu’il existe une education différente de l’éducation américaine et que cette éducation crée… gasp… des enfants obéissants!!
Personnellement, je me demandais si l’auteur de cet article, Pamela nous parlait des enfants français dans la vrai vie ou si elle nous parlait des pubs Nutella?! A chaque fois que je vais chez des amis qui ont des enfants, je suis rassurée de voir un salon qui ressemble à une zone sinistrée sortant d’une tornade. Rassurée de voir en tout cas que mon salon n’est pas le seul à être sujet à une contamination nucléaire. Ma fille qui se roule par terre en hurlant parce que le chouchou dans ses cheveux (qu’elle ne voit pas) est vert et non bleu est loin d’être une exception en France.
Pamela Duckerman s’esclaffe aussi sur le concept du goûter, qui est “un grand moment d’apprentissage de la patience”.
“Delphine said that she never set out specifically to teach her kids patience. But her family’s daily rituals are an ongoing apprenticeship in how to delay gratification. Delphine said that she sometimes bought Pauline candy. (Bonbons are on display in most bakeries.) But Pauline wasn’t allowed to eat the candy until that day’s snack, even if it meant waiting many hours.”
“Delphine me dit qu’elle n’a jamais spécifiquement voulu apprendre la patience à ses enfants. Par contre, les rituels quotidiens de la famille forment un apprentissage perpétuel du délai de la gratification. Delphine dit que parfois, elle achète des bonbons pour Pauline (qui sont disponible dans chaque boulangerie) mais Pauline n’a pas le droit de manger son bonbon jusqu’au goûter, même si cela voulait dire qu’elle devait attendre pendant des heures”
J’ai demandé à mes amies mamans américaines à Paris et elles étaient pliées en deux de rire. Puis elles se sentaient un peu gênées des paroles de leur compatriote car ce n’est pas du tout ce qu’elles ont observé en vivant en France.
En bonne tradition française (anglophone), une réponse en sept étapes a été publié chez AHA parenting, se demendant si les parents français sont meilleurs ou si, en fait, les parents français usaient plus facilement de la punition corporelle. Je vous donne les sept points en anglais, en français avec la réponse en interprétation libre de l’article.
1. French babies sleep through the night at two or three months.
Les bébés français font leur nuits à deux ou trois mois.
Ceci pourrait ene effet avoir à faire avec le fait que la France est encore très anti-allaitement. Un peu moins d’un bébé sur 5 est allaité pendant plus de six semaines en France et, comme le lait maternisé est tellement moins digeste, forcément, les bébés s’épuisent à essayer de le digérer et dorment plus rapidement pendant toute une nuit.
2. French toddlers eat three meals a day and one afternoon snack and as a result they don’t fool around in their high chairs. They chow down.
Les enfants français mangent trois fois par jour plus un goûter, le résultat étant qu’ils ne sont pas indiscipliné au moment des repas, ils mangent
En reprenant la réponse de AH parenting et en parlant avec mes amies mères américaines en France, il est vrai que les enfants français ont plus une culture des repas à horaires fixes et des bonnes manières à table. C’est une tradition française que de transmettre le “pas de coudes à table” et le “on ne parle pas la bouche pleine”. Mes amies m’ont indiqué ça comme une différence entre l’éducation française et l’éducation américaine. Mais tout le monde est d’accord quand on compare un enfant affamé français à un enfant affamé américain; ils se roulent tous les deux par terre de la même façon, ils sont tous les deux aussi chiants.
3. French children know how to occupy themselves.
Les enfants français savent s’occuper
Alors a priori, en France les enfants de moins de trois ans regardent moins la télé que leurs minicollègues américains. Du coup, ils jouent plus tout seul. Mais dans les deux pays, il semble vrai que les parents ont encore un peu trop tendance à vouloir diriger le jeu de leur enfant, plutôt que de les laisser jouer à leur aise. Je suis d’accord avec cette affirmation, surtout quand je vois qu’en Flandre, les parents laissent leurs enfants encore plus jouer et n’interviennent que très rarement dans leurs jeux. En France il y a encore beaucoup de “il faut” et pas assez de “laisser aller”.
4. French children know how to wait.
Les enfants français savent attendre
Ah ouais?! Et bien elle ne vient pas souvent dans les même coins que moi hein, la dame! L’auteur de la réponse a raison quand elle indique que les enfants qui savent s’occuper sans interférence de leurs parents sont aussi des enfants patients donc encore une fois: moins de télé, plus d’activité et plus de laisser aller ^^
5.French parents take better care of themselves.
Les parents français s’occupent mieux d’eux-même
L’auteur de la réponse laisse la question ouverte mais acquièsce le fait que quand on s’occupe plus de soi-même, on s’occupe mieux des autres. Moi j’attends toujours de pouvoir trouver le temps d’aller au hammam, perso ^^
Ce qu’une amie m’a dit, par contre, peut répondre un peu à cette observation; mon amie m’a décrit qu’une différence franco-américaine est que les français usent plus de leur réseau social que leurs collègues américains, nous aurions plus l’habitude de demander de l’aide à la famille. Cela m’a fait me sovuenir qu’au Japon il est inconcevable que de commander une babysitteuse; les enfants viennent partout, tout le temps. C’est vrai que ça décharge quand-même beaucoup les parents de pouvoir laisser les enfants chez une nounou, dans la famille ou chez des amis.
6. French children obey their parents because the parents mean what they say.
Les enfants français obéissent parce que leurs parents visent plus à se faire comprendre.
Dans l’article qui parle de la supériorité des parents, l’auteur décrit comment une maman française lui apprend à dire “non”, comme si les parents américains ne savent pas dire non. De mon expérience personnelle, je me rends en effet compte que les français usent plus de la fessée que, par exemple, les flamands. Je vois aussi plus souvent des parents hurler en pleine rue parisienne qu’en pleine rue flamande. La réponse de AHA Parenting est intéressante car une nouvelle question s’en suit: est-il vraiment nécessaire d’avoir de l’autorité et est-ce un but souhaitable que d’avoir des enfants obéissants à l’extrême? Les enfants trop obéissants tomberaient trop facilement victime de harcèlement, auraient des troubles de personnalités non affirmé,…
7. French parents aren’t as anxious about parenting.
Les parents français sont plus relax au sujet de la parentalité
A ce sujet, il est en effet intéressant de savoir que le parent américain travaille en moyenne 1824 d’heures par an contre 1441 heures pour ses collègues français. Ils ont donc 25% de temps en moins à partager avec leurs enfants! Il existe en France une logistique impensable aux US: crèches, PMI, CAF,… Ca rend la tâche de papa & maman aux Etats Unis nettement plus compliquée! Les parents américains ont moins d’aide pour leur famille et ont plus d’anxiété par rapport à leur tâche parentale.
La deuxième réponse nous ramène au titre de l’article; chaque parent reproduit ce qui a fonctionné pour lui. Et la France ayant une historique d’utilisation des châtiments corporels plus prononcé que les US, les parents français usent en effet de la fessée plus souvent que les américains.
Chez Huffington, on se marre de l’article de Pamela et Paige Bradley explique bien comme il le faut qu’il s’agit de différences culturelles.
“Where the French value tradition and solidarity, Americans value innovation and individuality. Where they seek to cultivate qualities of patience and intellectual uniformity we strive for entrepreneurialism and originality.”
“Là où les français mettent l’accent sur la tradition et la solidarité, les américains préfèrent accentuer l’inovation et l’individualité. Là où ils [les français] cultivent des qualités comme la patience et l’uniformité intellectuelle, nous [les américains] recherchons l’esprit d’entreprise et l’originalité.”
“Our parenting styles serve different goals. So it should come as no surprise that we go about it in different ways.”
“Nos styles de parentalité ont de différents buts.
Cela ne devrait donc surprendre personne que nous agissons de façon différente.”
Paige, qui est également une américaine qui vit en France, est, par exemple très surprise de voir comment les parents français disent plus facilement “non” que les américains, qui trouvent que ce “non” anéantirait leur esprit d’individualisme!
Une autre différence culturelle qui interpelle Paige est dans les écoles, où on ne demande aucune implication de la part des parents; pas de sortie mensuelle, pas de groupes de lecture,… et où l’innovation d’un professeur rencontre la méfiance de ses collègues. “Fun isn’t really part of the deal [in education]“ “Le plaisir ne fait pas partie de l’éducation”… Le quoi?! Le PLAISIR?! Dans l’éducation? Oh la la la laaaa….
Paige continue en reprenant le thème de l’éducation stricte qui étonne plus d’un américain:
“… the French deploy an authoritarian model based on respect for elders and upholding tradition. They use methods that many American middle-class parents today view as outmoded and even dangerous.”
“… les français déploient un modèle authoritaire qui trouve sa source dans le respect des ainés et dans la conservation des traditions. Ils utilisent des méthodes que plus d’un parent américain contemporain de la classe moyenne interprèterait comme étant désuet voire dangeureux.”
La très jolie conclusion dans l’article de Paige Bradley Frost est celle que tout parent devrait retenir:
“So, before we abandon American parenting practices in favor of the French, we must ask ourselves what end we hope to achieve and what supports we’re willing to put in place to help parents achieve it.”
“Donc, avant d’abandonner nos coutumes de parentalité américaine en faveur des françaises, nous ferions mieux de nous demander ce que l’on espère accomplir et ce que nous souhaitons mettre en place pour atteindre ce but.”
C’est tout à fait mon opinion: établissons d’abbord ce que nous espérons obtenir et manions ce but!
Au final je me demande surtout si Pamela, auteur du premier article, n’aurait pas un souci d’image de soi et de manque de confiance en son statut de mère, généralisant son propre ressenti sur la population américaine.
Ou alors…… si je mets ma naiveté de côté, je pourrais presque me dire que Paméla… et bien Paméla a bien compris que les américains sont de gros fanatiques des livres “self help” (aide à soi-même). Paméla a en effet su combiner le succes des deux livres à gros succès “French women don’t get fat” (“Les femmes françaises ne grossissent pas” 2007) et “Battle Hymn of the Tiger Mom” (“L’hymne de guerre de la maman tigre” 2011), suivi de l’article WSJ très similaire “Why Chinese Mothers Are Superior“ (de la supériorité des mères chinoises). La France restera tendance aux US et Pamela a bien compris comment se faire du buzz pour le lancement de son “Bringing up Bebe: One American Mother Discovers the Wisdom of French Parenting” (“Eduquer bébé: comment une mère américaine découvre la sagesse de la parentalité française”).
Et bien, très chère Paméla… ton livre, faudrait le réécrire. Et essaie de comparer plus d’une maman à ta parentalité à toi, déjà. Déjà, trouve-toi une maman normale, une qui est parfaitement imparfaite, ça aidera!
Chaque nationalité a sa façon d’éduquer ses enfants. Tout comme aucun parent n’est parfait, aucune nationalité tient la palme d’or en éducation. Il est bon de se souvenir juste d’une chose: vous êtes et serez pour toujours le parent parfait pour votre enfant. Pas pour celui du voisin.







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Oauis ouais ouais… Elle doit effectivement avoir des petits soucis cette Pamela… ^^ Bon, je ne suis pas 100% d’accord avec tout, notamment la notion d’originalité vs uniformité intellectuelle… Les USA ne me seblent pas forcément aller totalement dans ce sens, mais une fois de plus, on généralise un peu vite, des deux côtés. Et je te rejoins sur tes conclusions: Il faut adapter son éducation à ce que l’on souhaite transmettre, et on a chacun notre propre vision de l’éducation, différente de celle des autres… Et j’irai même plus loin en disant qu’elle peut même diverger d’un enfant à l’autre dans la même famille, si on prend en compte sa personnalité propre.
Merci pour cet article, une fois de plus intéressant et drôle! ^^
Tu as tout à fait raison; il s’agit d’une grosse généralisation pour se faire des thunes sur le dos des américains qui se remettente continuellement en question. Ah la la franchement…
Je n’avais pas pensé diverger selon l’enfant, comme tu le dis mais tu as bien raison.
Merci pour tes neurones!
Cette Pamela, elle veut pas venir chez moi? Elle va vite voir la supériorité de la French Mum of 3 quand j’aurai lâché mes 3 monstres…
Plus sérieusement, je ne crois pas que la France soit anti-allaitement, les 6 semaines c’est malheureusement la durée du congé maternité (après la naissance) pour un 1er ou un 2nd, et lorsque l’on reprend le travail c’est difficile de conjuguer allaitement et travail (mais certaines y arrivent). J’ai tendance à penser que sur ce sujet on a le choix (quoique ose dire sur un forum de maman “je ne souhaite pas allaiter parce que pas envie”, et tu verras le tole…)
Bref, cette maman américaine est mignonne mais elle a du rarement aller faire ses courses à carrefour et croiser des “vraies” mamans françaises à 2 doigts de pleurer parce Que leur adorables petits frenchies viennent encore de faire une scène pour les céréales au chocolat avec la cuillère magique star wars…
Honnêtement, pour avoir vécu l’allaitement à la française, je peux t’affirmer avec certitude que la France est un des pays les plus anti-allaitement qui existe. Entre les remarques, le manque d’encadrement, le manque de maternités “baby friendly”, l’omniprésence du marketing des produits laitiers infantiles,… c’est méga too much!!
Sans vouloir tomber dans l’autre extrême, le juste milieu existe, mais pas en France.
Bien vu le coup de Carrefour.
Et sur FB je t’ai expliqué où je pense qu’elle a trouvé sa “maman française” huhuhu
J’avais aussi lu cet article et il m’avait fait réfléchir puis que nous sommes des français vivant aux US.
J’ai été plusieurs fois “félicitée” sur le comportement de mes enfants. Je ne cherche pas à dire qu’ils sont suprêmement bien élevés mais il y a indéniablement une différence avec la façon dont les enfants américains se comportent.
Je pense que cela tient plus à la spécificité de la société américaine. C’est difficile d’en prendre la totale mesure quand on y est pas plongé tous les jours. Sans faire l’apologie du pays, les américains sont plus libres que les français dans la vie de tous les jours : moins d’interventionnisme de l’état, une plus grande liberté individuelle, … Et, du coup, les enfants sont aussi plus libres ! Et les parents laissent faire …
Vous allez me dire que je confonds liberté et politesse/tenue etc Et bien, je peux vous assurer que les américains sont bien plus aimables et prêts à rendre service que les français.
Encore moi : je n’ai pas accouché en France pour mon premier mais bien pour mon second. Autant j’ai été très contente des soins apportés à la maternité en France, autant je n’ai eu aucun conseil du tout pour l’allaitement.
Merci pour les réponses de l’AHA parenting.
Franchement, je me demande quelles mamans a cotoyé Miss Pamela … En tout cas, son livre a fait rire des 2 côtés de l’Atlantique … Pas sûre que ce soit une bonne chose pour elle.
Encore merci pour cette contribution dont l’article qui lui sert de support me laisse pour le moins perplexe…!! Peut être est-ce parce que j’ai beaucoup de mal à y lire à très peu de choses près exactement les mêmes préjugés qui induisent chez les mères françaises surmenage et culpabilité…
Un enfant français fait ses nuits à 2 mois??? Un enfant français ne grignoterait jamais entre les repas?
C’est effectivement les normes que voudraient faire passer comme réaliste un certain nombre de pédiatres…en vain!!
Les enfants français sauraient patienter et s’occuperaient seuls, ils accepteraient sans difficultés les frustrations et privations… Mais de qui parle-t-on?? Du modèle que certains psychologues occasionnellement (je précise car tous leurs écrits ne sont pas du même acabit!)psychorigide tels que Naouri ou Rufo voudraient nous faire avaler comme étant là encore des normes souhaitables???!!
Les parents français seraient relax vis à vis de la parentalité et sauraient prendre du temps pour eux??? Voilà donc l’estocade!!! Celle là même qui font penser aux mères surmenées qu’en plus d’être incapables d’atteindre les objectifs précédemment cités ne sont même pas capables d’être fraîches, disposes, séduisantes et indépendantes!!!
Arrêtons donc de véhiculer, mais aussi de chercher à justifier (positivement ou négativement) ces préjugés, les mêmes qui conduisent les mères françaises au bord du gouffre, celui de la dépréciation et du burn-out!!!
Nan mais Ilse : CA VA PAS DU TOUT DU TOUT !!!
Un article expliquant qu’on est les plusse meilleures du monde et toi paf ! tu le détruis ?
Tu veux notre mort psychologique ? Je retourne à mes crobes (j’ai éradiqué la gastro, reste sinusite et otite qui font la teuf …).
Merci beaucoup Ilse pour cet éclairage et cette traduction que j’ai reprise sur mon blog Partageons nos fêtes car j’avais trouvé amusant les commentaires de Pamela Druckerman sur l’organisation des goûters d’anniversaire des enfants français (plus simples, autour d’un gâteau, et c’est tout, ce qui ne me semble pas exact non plus car quel est le parent qui peut inviter une dizaine de gamins sans se soucier de comment les occuper toute l’après-midi ?).
Personnellement, étant mère de 4 enfants et maintenant grand-mère, je suis toujours très méfiante sur tous les livres de conseil aux parents ! Ces injonctions sont idéologiques. Ma conviction est qu’on fait le mieux qu’on peut et que le pire est de se culpabiliser parce que soi-disant d’autres parents feraient mieux (mieux, en quoi ? en fonction de quels critères ?)
Je trouve le débat particulièrement intéressant. Outre la caricature, habituelle dans les livres sur l’éducation des enfants que l’on peut trouver outre atlantique, il y a sur le fond un débat passionnant sur l’éducation.
Les anglo saxons, pour être compris, font souvent de l’exemple une généralité, dans un but pédagogique, en omettant les subtilités du contre-exemple qui peut mettre toute leur théorie par terre. Mais au fond, ce débat existe bel et bien entre une éducation dite de modèle américain et une éducation dite de modèle français (je ne me risquerais pas à dire “européen”).
Modèle français :
principalement réprésenté par l’inculcation de règles de vie, de principes, de respect des ainés ; rejet plutôt ancré de la toute puissance de l’enfant qu’il convient de frustrer : un parent qui ne réagit pas à son gosse qui se roule par terre dans la rue est regardé bizarrement (même si la seule façon de le calmer est peut être de le laisser finir sa crise). L’autorité des parents est vue comme un bienfait. Et effectivement, sur la durée, cela donne des enfants plus obéissants, moins insolants, mais aussi qui prennent peu la parole face à l’adulte. Un enfant qui répond à un adulte est souvent vu comme insolent, en France. Le débat sur la fessée en France est encore vivace, alors même qu’aux états unis, ou au Canada, on ne débat même plus de ça. Il est hors de question de lever la main sur un môme. Les choses évoluent dans ce sens en France, mais doucement.
Je ne dis pas que tout le monde élève son gosse ainsi en France, simplement que c’est le modèle traditionnel et dominant. Le modèle de “référence” quand un débat survient sur l’éducation.
Modèle US :
principalement basé sur l’absence de restriction de la liberté de l’individu, et donc de l’enfant. On inculque davantage une morale (religieuse souvent) que des principes. Les enfants répondent aux adultes, prennent la parole en classe, exercent leur toute puissance. Ils participent pas ou peu aux tâches de la maison. Leurs parents lisent davantage de livres sur l’éducation.
Idem, ce n’est pas l’éducation que chacun donne à ses enfants, mais c’est là bas le modèle de “référence” (celui véhiculé par les séries télé, par exemple).
Remarque 1 : il serait intéressant de voir quels types d’adolescents cela génère (pas sûr d’avoir envie de savoir…).
Remarque 2 : Le facteur “temps passé devant la télé”, à mon sens, trouble le débat. On peut avoir une éducation dite libérale sans télé, et une éducation réglée avec télé. Bref, je le laisse de côté, même s’il est très important.
Ma conclusion perso : Ces modèles montrent deux logiques à l’oeuvre :
1. j’éduque mon enfant pour qu’il s’adapte à la société contemporaine
2. je laisse mon enfant construire à son tour la société
Je dois avouer que le second modèle est un pari intéressant, mais qu’il doit demander une implication de l’adulte bien supérieure, et une dose de patience certaine. Laisser ses enfants libres doit leur donner une vraie confiance en eux, mais lâcher cette bride là doit apporter son lot d’inquiétude et d’angoisse. A chaque fois que j’ai mis une dose de responsabilisation dans ma relation à mes gosses, j’ai essuyé pas mal de réprobation familiale (mon père, mon mec), mais j’ai constaté aussi le résultat : mon gosse avait l’air plus confiant ensuite. Ca a partiellement fait adhérer mon mec (pas mon père, trop old school). Par contre, ca a ruiné la baraque.